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Partie 1: La rencontre

Thierry 'Titi' Robert, Juin 2008.

Né au Havre en 51 je trouve heureusement refuge dans la musique et dès mes 14 ans et comme tant d’autres, avec des copains nous formons un groupe. Une batterie, une ou deux guitares, une basse et en avant. Moi, c’était la basse. Un peu par hasard d’ailleurs, parce que les autres préféraient un autre instrument et puis, 4 cordes, pas d’accords, ça m’allait…

Très vite nous avons un répertoire fait de reprises, trois accords, rarement plus au début. Du rock, du blues et tous les week-end, nous animons des Boums. L’argent rentre un peu, nous économisons et nous nous équipons en ampli et sonos, beaucoup plus efficaces que les postes de radio de l’époque qui nous servent alors d’ampli. Quelques années plus tard, c’est Little Bob, vieux galérien du Rock qui me demande de rejoindre son groupe. Avec lui nous allons jouer plus loin que le Havre et sa banlieue, plus souvent aussi. Nous sommes déjà fin 60. Pas très loin de là, en Angleterre, les groupes explosent, Londres, les Festivals. Dès que j’ai un moment, entre Lycée et concerts, j’y suis et souvent au bon moment pour voir et écouter tous les groupes, les Doors, Jimmy Hendrix, les Stones, les Who pour ne citer qu’eux. Le joint de shit tourne durant ces festivals, parfois l’acide (LSD) aussi et je dois dire que lorsque je rentre au Havre pour accompagner Bob mon jeu de basse devient plus aérien et j’ai du mal à entraîner mes compères plus « carré » dans leur jeu.

A la radio française c’est surtout du Sheila, Johnny etc qu’on nous envoie. Heureusement sur les cotes normandes on capte une radio pirate anglaise Radio Caroline, qui nous fait découvrir autre chose. Quelques émissions de radio, après 68 nous servent quant même, la nuit, de la bonne musique notamment du Rock français. Parmi eux, Les Variations, Alice, Alan Jack Civilization. Alan Jack étant le seul ayant réussi à sortir un vinyle en anglais (ndlr: Bluesy Mind chez BYG Records). Je l’avais déjà vu en concert à Amougie, en Belgique près de la frontière française, à l’occasion d’un festival présenté par Franck Zappa, une des légende de la musique progressive américaine. J’étais impressionné d’écouter cette formation qui n’avait rien à envier à de nombreux groupes anglo-saxons.

Mais c’est à Honfleur dans le cadre d’un petit festival, plus intimiste, que nous jouons en première partie d’Alan Jack. Le son m’accroche bien, le feeling aussi. Jack est au chant et à l’orgue Hammond, le batteur est René Guérin, dit « le P’tit », à la guitare c’est Alain Pewzner et à la basse « P’tit Pois », bassiste des Variations qui remplace le bassiste de Jack, Richard Fontaine, lequel vient d’être appelé sous les drapeaux. Dès son concert terminé, Jack me branche et me dit qu’il aime bien mon jeu de basse et qu’il est en train de monter une nouvelle formation. Il a envie de faire quelque chose d’autre, avec plus d’harmonies et surtout avec de la place à l’impro. Son guitariste et son batteur de leur coté ont été contacté pour rejoindre le Martin Circus choisissant une voie plus commerciale. Jack possède une ferme près de Tours et c’est là que nous vivrons tous me dit-il, roads managers inclus, en communauté, quoi.

La proposition m’enchante mais je ne peux lâcher Bob ainsi et surtout j’ai ma mère qui est en train de s’éteindre d’un cancer et je ne peux m’éloigner d’elle pour ses derniers moments de vie.

Malheureusement elle s’éteint peu de temps après. Bob, à qui Jack avait fait part de sa demande, m’assure qu’à ma place il n’hésiterait pas, même si il lui faudra trouver un autre bassiste.

Un coup de fil et 4 heures après une voiture conduite par Gilbert, un des roads de Jack, vient me chercher pour m’emmener vers ce qui allait être ma nouvelle famille pour quelque années.