Partie 3: Les concerts
Thierry 'Titi' Robert, Juin 2008.
Nous avons vite envie de faire quelques concerts, pour tester notre répertoire et ramener un peu de fric aussi. Notre manager, Pitch, était opposé au fait que nous nous produisions dans des lieux gérés par des business men, ce qui aurait été facile avec le nom d’Alan Jack qui était encore très connu. Hors de question de se faire exploiter et de soutirer du fric aux spectateurs, de rentrer dans le système show Biz. Nous étions 100% avec lui. Je faisais donc appel à un type que je connaissais du Havre afin qu’il monte une association et organise lui-même les concerts en fixant des prix d’entrée abordables pour tous. Ce nouvel habitant de la Goupillière s’appellera Le Président.
Très vite nous partons donc faire quelques concerts sous le nom d’Alan Jack Civilization. C’est à bord d’un Renault Saviem pour le matos, d’un Ford Transit et de deux voitures que nous prenons tous la route. Une fois arrivée à destination et après avoir installé le matériel et fait tous les réglages de son nous prenons un trip quelques minutes avant de monter sur scène.. Ceux du public qui sont dans le même état que nous apprécient bien évidemment. Pour les autres c’est une autre histoire, mais ce qui est sûr c’est que nous ne laissons pas indifférent. Nous perdons bien entendu la notion du temps et nous ne sommes pas à la ferme. Les morceaux que nous jouons peuvent durer très longtemps, les impros n’en finissant pas. Nos roadies nous font comprendre quant il est temps de s’arrêter et tant bien que mal, nous laissons nos instruments. Le retour à la ferme est toute une expédition dans l’état de sensibilité et d’hallucination dans lequel on se trouve.
Le peu d’argent que nous ramenons sert à payer les ardoises que nous avons pour le lait et le tabac et à acheter riz, sucre et autres denrées de première utilité.
Petit à petit le nombre de personnes qui viennent nous rendre visite augmente. Une des plus grande pièce de la ferme est un véritable dortoir. Ceux qui sont, disons, les « résidents fixes » se sont aménagés des petits coins où dormir au calme dans des dépendances de la ferme, même dans les cabanes à lapin…L’autre grande pièce principale, où se trouve la cheminée, sert de salle à manger et salon. Elle fonctionne quasiment 24h sur 24. Nous sommes tellement nombreux, parfois, que certains doivent attendre le réveil d’un autre pour pouvoir s’endormir sur le matelas ainsi libéré. Les personnes qui passent ou s’installent pour quelques temps sont soit des voyageurs souvent de retour d’Inde ou du Maroc, soit des musiciens, parfois les deux. Les voyageurs nous content leurs aventures, avec les musiciens nous jouons. Tout est prétexte à la fête, à l’expérience psychédélique, notamment les nuits de pleine lune où parfois nous nous retrouvons dans un petit bois à jouer des percussions avec des morceaux de bois. C’est certainement parce que nous créons et que nous sommes dans un environnement favorable que nous avons évité l’HP avec tous les acides que nous avalons. Les rares personnes qui sont présentes et qui restent passives durant ces trips ont du mal à s’en remettre et nous devons leur conseiller d’aller se reposer ailleurs.
Nous continuons à travailler les morceaux de Jack. Parfois, avec tout ce monde, nous sommes fatigués. Jack nous emmène à deux ou trois chez ses parents. Pendant quelques jours nous profitons chez eux des excellents repas, du calme. Nous jouons au billard, au Ping Pong et bien entendu de la guitare. Nous nous trimballons toujours avec notre guitare acoustique faisant tourner des riffs, pouvant jouer ainsi des heures.
Notre guitariste Patrick Verbeke est inscrit à la fac de Caen, il doit passer une licence d’Anglais. C’est un fou du blues. S’il habite et délire avec plaisir avec nous, sa passion l’emmène parfois rejoindre d’autres bluesmen, notamment en Bretagne ou une autre communauté de musiciens a vu le jour, Tribu est son nom. Parfois ils nous rendent visite ; Il y a Benoît, alias Benoît Blue Boy chanteur harmoniciste, Eddy Effira à la pédale Steel Guitar, Roger Secco à la batterie. Il y avait des moments à la ferme où il y avait tant de musiciens que pendant 2 ou 3 jours le studio tournait sans arrêt. Les anciens compagnons de Jack, du groupe Alan Jack Civilisation, Alain Pewzner le guitariste et René Guérin le batteur aujourd’hui membres du Martin Circus version commerciale passent de temps en temps quant ils ont un moment. René, dit Le Petit reste parfois quelques temps. Il a rejoint ce groupe pour se faire du fric et parfois il a la nostalgie des moments intenses qu’il a passé avec Jack. Il est vrai que nous sommes loin de la vie parisienne. Mais nous sommes ainsi au courant de ce qui se passe dans la capitale. Nous laissons couler la vie, saisissant l’instant, nous mettant toujours en condition pour pouvoir être dans la musique, la création.
