Thierry 'Titi' Robert, Juin 2008.
Je débarquais donc à la Goupillière avec ma basse, mon ampli. Une bonne dizaine de personnes occupaient déjà les lieux. Ambiance accueillante sur fond de musique. Le soir, après avoir fait connaissance nous prenons un trip au coucher du soleil et très vite nous sommes dans le studio pour une nuit non stop. Jack à l’orgue, Gérard Chamberedon à la batterie, Patrick Verbeke à la guitare. Nous échangeons fréquemment d’instrument. Lorsque nous sortons du studio qui avait été aménagé dans une grange pour rejoindre la pièce principale de la ferme, nous nous retrouvons dans la cour à admirer le spectacle des étoiles. A l’intérieur, dans le salon autour du feu, nous nous retrouvons pour boire une tisane et tirer sur le shilom. Les autres occupants font tous quelques choses. Le grand Vidal, de retour de Katmandou, lorsqu’il ne danse pas dessine ses Bd hallucinantes, style Freaks Brothers. Son frère, Victor sculpte ou joue avec nous des percussions. Les roads, Gilbert, Jonathan et Jean-Paul veillent tant bien que mal à ce que notre matériel soit toujours fonctionnel, à ce que les larsens disparaissent au plus vite. Le seul qui ne fasse rien excepté réceptionner les sons qui fusent au gré de nos inspirations dans son cerveau, c’est Pitch, notre impresarios philosophe. Les filles, Babeth et Martine, anciennes groupies parisiennes s’occupent à rendre la ferme agréable, jolie Et il y a Black, le chien, paisible et qui en a entendu des sons…. Quand nous ne jouons pas nous écoutons Jimy Hendrix, les Gratefull Dead, Jefferson Airplane, Sly and Familie Stone, It’s a beautifull Day, etc.. Beaucoup de ces groupes-communauté des débuts 70 dont nous nous sentons proche.
Après le spectacle du soleil qui se lève et un ptit déj, c’est en jouant acoustique que nous atterrissons ou en écoutant Hot Tuna, Richie Haven ou autre musique apaisante.
Après quelques jours c’est comme si nous nous connaissons depuis toujours. De telles nuits se répètent très souvent.
Jack a dans la tête quelques idées de morceaux, des mélodies sur lesquelles il écrit des paroles ou le contraire. Son idée, c’est de monter un répertoire qui nous permette d’improviser selon le feeling du moment. Un répertoire que nous pourrons jouer sous acide, ce que l’on appellera l’Acid musique.
Eric Estève nous rejoint peu de temps après mon arrivée. C’est Gérard le batteur qui le connaît de Marseille. Eric s’intègre tout de suite à la musique, profitant de ces nuits d’impro pour utiliser sa voix comme un instrument. Loul, un autre musicien, multi instrumentiste, débarque aussi de Marseille pour se refaire une santé... Le studio devient un véritable laboratoire. Les morceaux prennent forme. Jack sait maintenant, après toutes ces nuits que nous passons à jouer ensemble, comment arranger les morceaux afin que nous ayons notre espace et puissions vraiment jouer. Il me fait travailler aussi beaucoup, m’apprends les bases du solfège, me fait jouer de nouvelles gammes qui me permettrons d’aller plus loin dans les impros. Lui aussi travaille beaucoup le piano et sa voix.
La base de notre alimentation était les pâtes, le riz complet. Pour le lait nous avions un compte dans une ferme voisine qui se trouvait à deux kilomètres de la Goupillière. Ils en ont vue débarquer des spécimens, cette famille d’agriculteurs. Chaque soir on allait chez eux remplir les bidons. Parfois de bon matin encore sous trip nous partions à l’aventure rejoindre cet autre monde en pleine activité, toujours accueillant et vraiment tolérant. Nos cheveux longs, nos habits colorés, nos attitudes ne les étonnaient plus. Le village le plus proche, Saint Laurent en Gâtine, était à 4 ou 5 km. Au bar tabac nous avions un compte pour les cigarettes et pareille à l’épicerie.
C’est Jack qui payait la plupart du temps les achats. Fils unique, ses parents avaient une boulangerie-patisserie à Tours qui tournait bien. Ce sont eux qui aidaient le plus souvent à régler nos ardoises. De temps en temps, assez souvent en fait, Jack leur demandait un peu d’argent, ce qui nous permettait de remplir le frigo. Parfois ses royalties nous aidaient bien aussi ou il vendait du matériel de musique qui ne nous servait pas. De plus en plus de personnes passaient nous voir, le plus souvent venant de Paris où l’on commençait à parler de ce qui se passait ici. Certains restaient quelques jours, d’autres plus. Nous accueillons tout le monde. Ceux qui avaient un peu d’argent achetaient de la bouffe. Beaucoup arrivaient avec du shit et de l’acide. La seule chose qui était interdit d’emmener et de consommer, c’était l’héroïne ou autres opiacés.
Régulièrement nous avons la visite des gendarmes de la brigade de Chateaurenaud, petite ville située à une dizaine de kilomètres. Avec tout le monde qui habite à la ferme et tous les passages, ils prétextent que nous rentrons dans la catégorie des hôtels qui, en ces temps, doivent faire remplir des formulaires de renseignements à leurs clients et les remettre aux autorités. A chacune de leur visite nous sommes vigilants à ne rien laisser de compromettant en vue et les invitons à boire un coup pendant que nous leur remettons les papiers des nouveaux résidants et les informons de ceux qui n’habitent plus avec nous. La relation avec eux n’est pas tendue, ils nous considèrent comme des artistes originaux et ont vite compris que nous ne sommes pas dans la mouvance de certaines communautés politisés.